Test Nintendo Switch de l'Octo Expansion de Splatoon 2

[Test Switch] Test Nintendo Switch de l'Octo Expansion de Splatoon 2

Habitué jusqu’alors à ne proposer que du contenu multi et ce de manière gratuite, Splatoon 2 s’est récemment enrichi d’un DLC payant dédié à un mode solo, à la surprise générale. Disponible depuis le 14 juin dernier sur le Nintendo eShop en complément du jeu de base (il ne s’agit pas d’un stand-alone à la Torna – The Golden Country) et pour près de vingt euros, l’Octo Expansion entend entraîner le joueur au fin fond d’un métro lugubre et composé de quatre-vingts niveaux. La mise en avant de la narration et de son apport à l’univers du titre a de quoi intriguer et titiller l’imagination de chacun. Généreux sur le papier, seule une plongée dans les tréfonds de Chromapolis répondra ou non à la question que tout le monde se pose : il est chouette, ce nouveau mode histoire ?

Un test rédigé par Kalimari.


Le Grand Blues

Dans les profondeurs de Chromapolis se terre un monde inconnu à la fois sombre et fascinant. Un monde de ténèbres où ses occupants, prisonniers malgré eux, fantasment de lumière et de liberté. Dans cet obscur métro, la mode, les festimatchs, les guerres de territoires et les éclats de rire ne sont plus. Vagabondant de quai en quai, fendant l’atmosphère lourde et oppressante de ces lieux désespérément silencieux, tous préfèrent se murer dans un mutisme contagieux, leurs pensées rivées sur l’inaccessible Terre Promise. Et quand on s’imagine avoir touché le fond, on creuse encore. Dans la peau de Numéro 8, un ou une Octaling, le joueur – victime d’expérimentations pas très nettes – se réveille au beau milieu d’un secteur désaffecté, avec pour seul soutien le vieil Amiral Macalamar. Son réveil, tant physique que psychique, il le doit aux échos du chant des Calamazones, véritables stars de la surface. Tous deux devront se démener pour rejoindre le métro et s’échapper des lieux, pour peu qu’ils réussissent à surmonter les épreuves d’un mystérieux téléphone.

À peine arrivé dans le métro, le joueur se surprendra à trouver en cet Octo Expansion une ambiance plus lourde, une scénarisation plus poussée, ainsi qu’une mise en scène plus soignée qu’à l’accoutumée. Les premiers pas émerveilleront le badaud qui sommeille en chacun, à la fois curieux et intimidé de ce qui peut se trouver après chaque pièce ou couloir, mais le tromperont également sur la réelle nature de ce DLC. Si la dizaine de minutes servant d’introduction laisse présager une progression fluide et portée sur le scénario comme dans bon nombre de titres de la concurrence, Splatoon 2 : Octo Expansion n’en suit pas le chemin. En effet, peu après avoir rencontré ledit téléphone, le héros n’évoluera alors plus qu’à travers des missions relativement courtes. Ne cherchez donc pas en cette extension le shooter à histoire de Nintendo, mais bien plus une vision sur-vitaminée et intéressante de ce que proposait déjà le solo du jeu de base.

Tout le monde est malheureux, sous l’océan

Si la mission principale du joueur sera de réunir les quatre Machins dispersés ici et là dans tout le réseau souterrain, il pourra également prendre son temps et surmonter les quatre-vingts niveaux qui composent l’Octo Expansion. Amené à récupérer un précieux Curbitron, le joueur pourra y lire la carte du métro, les amusantes conversations entre Macalamar, Perle et Coralie, admirer sa collection de souvenirs Patapoulpe, ainsi que modifier ses options ou son apparence. Dotés d’un challenge assez bien dosé, les niveaux ont l’excellente idée de proposer plusieurs types d’armes en début de mission, chacune établissant une difficulté plus ou moins élevée pour cette dernière ; les récompenses offertes seront basées sur le choix de l’arsenal équipé. Pour accéder à chacun d’entre eux, le joueur devra s’acquitter d’un ticket d’entrée moyennant des points Curbit ; perdre le nombre de vies allouées par le défi obligera à repasser à la caisse, indépendamment du lieu de la reprise de la progression (au tout début du niveau ou au point de sauvegarde, au choix).

Comme indiqué plus haut, chacune des quatre-vingts missions proposées est assez similaire aux niveaux du mode solo du jeu de base, à la différence qu’elles sont généralement plus courtes et axées sur une seule idée de gameplay. Et justement, lesdites idées de gameplay sont bien plus diverses et ingénieuses que les parcours d’obstacles de Splatoon 2. Comment ne pas succomber à ces stages où le joueur doit faire rouler une énorme bille au bout du tracé sans la faire tomber dans le vide, à ces mini-jeux aux inspirations de titres cultes de l’arcade (Space Invaders, pour ne citer que lui), à ces phases de plates-formes en chromo-jet à la Mario Sunshine et en chromo-sphère à la Monkey Ball, ou encore à ces épreuves de simili-sculpture sur caisses ? Il y a bien sûr quelques types de niveaux assez oubliables, à l’image de la destruction de cibles ou des reprises de modes classés comme Expédition Risquée ou Mission Bazookarpe, mais dans l’ensemble l’Octo Expansion se montre assez varié pour ne jamais ennuyer, quand bien même une certaine monotonie s’installerait.

Le téléphone pleure

Nul doute que certains se sentiront un poil lésés de la voie prise par Nintendo. Il faut dire qu’une bonne partie de la communication autour du titre laissait entendre une narration plus soutenue que ce que propose aujourd’hui le produit final. Les plus curieux ainsi que les grands passionnés du singulier univers de Splatoon seront toutefois heureux de se plonger dans un lore cryptique riche en informations, qu’elles soient manuscrites, visuelles ou sonores. Possédant une ambiance à la fois sombre et fantasmée, chaque recoin du réseau souterrain laisse rêveur, notamment grâce aux différents habitants, aux jeux de lumière, aux environnements expérimentaux ou à la bande-son empruntant à tout un tas de genres issus du mouvement culturel et musical hip-hop. Le joueur se souviendra longtemps de l’apparition inattendue de consoles Nintendo au loin, du grisâtre océan aperçu au travers des vitres du métro ou encore des pistes musicales versant dans le rap underground à l’image de « #13 shade », voire de trip-hop avec « #8 regret ». Tout aussi particulières : les figurines Patapoulpes (à collectionner), plus pour leur description en haïku que leur aspect en lui-même.

Au final, si l’ensemble donne un ton profondément mélancolique à l’aventure, il ne faudrait pas non plus oublier de souligner ses touches d’humour, notamment à travers des archives de messagerie instantanée entre les différents protagonistes. À ce titre-là, il faut mettre en avant la qualité de la localisation française, laquelle s’est faite plaisir comme il se doit. Au détour d’un échange sur un chat, y lire une référence « MER IL ET FOU » a de quoi surprendre et faire sourire l’internaute connaisseur. De même, les nombreux jeux de mots, battles de rap, punchlines, appropriations des réseaux sociaux et autres noms de défis sauront amuser la galerie tout le long du voyage. Finalement, il faudra attendre la toute fin de l’aventure et sa dernière ligne droite pour trouver une vraie scénarisation, enchaînant cinq niveaux bien plus longs, un mid-boss et un boss final à la mise en scène grisante et épique. Dommage que l’affrontement n’en ait que le nom pour ce dernier, car l’enjeu et le visage du véritable ennemi sont assez forts pour offrir une sacrée dose d’adrénaline et de plaisir. Toutefois, un dernier duel – impitoyable – sera débloqué une fois le DLC complété, dans le hub central au niveau des casiers. Petit conseil : mieux vaut être costaud !

Fais l’abysse à ta mer

Au bout du tunnel, la lumière bien sûr, mais aussi la possibilité de jouer les Octalings dans les parties en ligne et de gagner moult récompenses (argent, tickets, fragments de bonus, etc.). Pour le remercier de toutes ses figurines Patapoulpe gracieusement montrées, un certain Don Podio offrira au joueur de nouveaux équipements inspirés de Macalamar, des vils Octalings ou encore du Chef Curbit. Splaton 2 : Octo Expansion demandera un peu plus de six heures pour être traversé en ligne droite ; comptez-en quatre de plus pour tout visiter de fond en comble. C’est assez court, certes, mais chaque instant est assez brillant et intense pour ne jamais faire regretter l’achat. La production offre ce qu’elle a su faire de mieux dans toute la courte histoire de la franchise, notamment en ce qui concerne la bande-son et le level design, infiniment supérieurs à ce que propose le jeu de base. Le joueur pourra également regretter la réutilisation de boss issus du mode solo originel en lieu et place de nouveaux adversaires, mais là aussi, leurs subtiles différences sauront tempérer la déception de ce flagrant délit de recyclage.

D’autres amiibo Splatoon sont prévus d’ici la fin de l’année (cliquez ici)

 

Verdict de l’Octo Expansion : Oui (ND Award)

Alors que le joueur pensait avoir déjà tout vu du fantasque univers de Splatoon, ce DLC vient remettre en question ses certitudes. Exit l’air frais et la bonne humeur ambiante de la série et bonjour l’espoir noyé dans un océan de déprime. Les inspirations du métro new-yorkais y sont légions, les environnements délirés encore plus nombreux, la bande-son hétéroclite et profondément underground. Le level design y est également bien plus varié et ingénieux, bourré de trouvailles surprenantes et amusantes, à tel point qu’il en devient impossible de ne pas espérer un solo aussi consistant et plaisant directement intégré dans un éventuel Splatoon 3. En dépit d’une certaine linéarité due au découpage des missions, la fin du voyage – prenante et fantastique – rappellera au joueur à quel point chaque pas dans ce réseau souterrain était un grand moment de jeu et qu’on aurait bien aimé en avoir un peu plus, rendant ce DLC indispensable pour le fan de la franchise et de son univers. Après tout Numéro 8, c’était peut-être ici, la fameuse Terre Promise.

Les plus :

+ Un level design varié et ingénieux
+ Un challenge bien dosé, en plus d’être ajustable
+ La dernière ligne droite, grisante et épique
+ Une bande son de très haute volée
+ L’ambiance sombre et fantasmée
+ Une chouette mise en scène
+ Le lore cryptique et riche en informations
+ Des environnements superbes et surprenants
+ Assez drôle en dépit du ton général
+ La localisation française, excellente sur tous les points
+ Des récompenses sympathiques

Les moins :

– On en voudrait toujours plus
– Assez linéaire dans sa structure et sa progression
– La scénarisation manque un poil d’ambition
– Des boss réutilisés ou décevants

Originaire de Russie, j'ai un goût prononcé pour la Vodka, le soleil, le houmous, les mangas et plus généralement tout ce qui vient du Japon. Nintendo est devenu ma mère patrie, da.